Traverser notre deuil

Les aides

Le 21 November 2018 à 09:23

La mort du conjoint

La mort du conjoint


La mort de son conjoint représente probablement l’expérience la plus dévastatrice que nous puissions connaître.

L’impression de perte et la douleur frappent si fort que certains d’entre nous se sentent coupés en deux, comme s’ils avaient perdu une partie d’eux-mêmes.

Il est normal d’avoir du chagrin à la mort d’un être aimé : ce n’est pas une maladie – bien qu’il puisse nous arriver d’être malades – et cela ne durera pas – même si nous avons quelquefois l’impression que la douleur ne cessera jamais.

Après la perte d’un être aimé, nous faisons tous le même voyage, du premier choc et de l’incrédulité en passant par des vagues de tristesse profonde et de douleur, le retour sur le passé, les regrets, la solitude, peut-être même la colère et la dépression, jusqu’au moment où il devient possible de commencer à reconstruire nos vies.
 
Le choc

La mort a frappé et vous venez de recevoir un choc émotionnel intense : « je savais que mon mari était mort mais j’étais comme anesthésiée », « dans les jours proches de l’enterrement, j’étais moins effondré(e) que mon entourage ».

Vous êtes très entouré(e), famille, amis, sont là, près de vous, partagent votre chagrin et bien souvent admirent votre courage. Chacun ensuite va repartir ; vous vous retrouvez alors face à l’étape très difficile de la désorganisation.
 
La désorganisation

Jour après jour, vous vous heurtez à l’absence ; comment organiser votre vie quotidienne, vous débattre face à tous les problèmes administratifs, prendre seul(e) les décisions, à un moment où l’équilibre personnel est complètement perturbé.

N’hésitez pas à pleurer, à parler de votre souffrance. Votre entourage est-il prêt à vous écouter ? Les enfants, la famille portent aussi la souffrance ; les échanges apportent quelquefois un apaisement, mais peuvent aussi augmenter la douleur de chacun.

Parlez de votre chagrin avec des personnes qui peuvent vous comprendre, parce qu’elles ont subi la même épreuve. Les professionnels (psychologue, psychothérapeute, médecin) sont aussi là pour vous écouter et vous aider.

Exprimer ses sentiments (tristesse, colère, culpabilité, peur) ne les fait pas disparaître, mais aide à les supporter et apporte un soulagement.

Ne vous repliez pas sur votre chagrin ; gardez les contacts avec votre famille et vos amis. Acceptez les invitations. N’hésitez pas à expliquer que la période la plus difficile pour vous est la première année, car vous devez affronter seul(e) toutes les difficultés sans oublier les fêtes, les anniversaires, etc. Réflexion couramment entendue :
« Aussitôt après le décès, elle a réagi parfaitement ; je ne comprends pas pourquoi maintenant elle est si triste. »
 
La reconstruction

Petit à petit, jour après jour, vous apprenez à passer de l’équilibre d’une personne en couple à celui d’une personne seule.

La cicatrisation vient lentement, mais elle vient. Rien ne remplace la personne disparue, nous trouvons cependant, peu à peu, en nous, de nouvelles sources d’énergie.

Sortir de soi-même et construire de nouvelles relations, rencontrer des gens nouveaux, participer à de nouvelles activités, voilà des défis qui demandent du courage et de l’énergie et peuvent nous apporter des déceptions, certes, mais aussi des satisfactions, des occasions de rire et de nous faire de nouveaux amis.

Ce qu’il faut faire ou ne pas faire :

    • Pleurez si vous en éprouvez le besoin. Ne bloquez pas vos émotions.
    • Souvenez-vous que le chagrin doit suivre son cours normal : on ne peut le bousculer ou en faire l’économie.
    • Accepter l’aide des autres mais ne laissez pas les autres vous persuader que vous devez faire des choses qui ne vous semblent pas justes, avant que vous ne vous sentiez prêt(e) à les faire.
    • Prenez soin de vous. Mangez convenablement, et consultez un médecin au moindre souci de santé.
    • Autant que possible, maintenez une routine de vie normale et évitez des changements majeurs au cours de la première année (déménagement par exemple).
    • Vivez au jour le jour quand vous vous sentez déprimé(e).
    • Avec le temps qui passe, soyez disponible pour entamer de nouvelles activités et faire de nouvelles connaissances."
(source Favec)

http://www.favec.org/presentation/telechargement.html

guillaume breteuil

Le 21 November 2018 à 09:18

Le vécu et les temps du deuil

Le vécu et les temps du deuil


Chaque endeuillé vit un ressenti spécifique, selon ce qu’il est, ce qu’était le défunt, la relation qu’il entretenait avec lui. Le mot « deuil » peut alors recouvrir des vécus très différents, depuis ce qu’au Québec on nomme
« une douce peine », jusqu’à une déflagration psychique si le défunt était très important affectivement. Il n’y a donc pas de norme au vécu du deuil. Les endeuillés sont tous différents. Mais tous ont à effectuer le même travail psychologique qui est « d’apprivoiser l’absence ». Et la plupart d’entre eux vont éprouver, au-delà de leurs différences individuelles, des ressentis émotionnels souvent similaires lorsqu’il s’agit de faire face à la perte d’une personne capitale pour la vie psychique.
 
La violence de l’absence est première

L’absence physique de l’être aimé est la confrontation vertigineuse avec le vide qu’il laisse à jamais. Le premier manque est de ne plus pouvoir le prendre dans ses bras, ne plus le toucher, ne plus le voir et savoir qu’il en sera ainsi pour toujours. Il faut apprendre à mettre un couvert en moins à table, voir la famille réunie sans le défunt, ranger des vêtements qui ne seront plus jamais portés, coucher un enfant dans un des lits superposés alors que l’autre reste vide, affronter la solitude d’un appartement qui n’est plus partagé à deux. Les mots de mutilation, d’amputation reviennent souvent dans l’expression des personnes en deuil. C’est un déchirement tellement intense que la personne en deuil a l’impression qu’elle va y laisser sa santé ou sa raison, et qu’il lui apparaît impossible de vivre sans l’être aimé défunt.
 
L’état dépressif est accablant

La violence du chagrin suffoque l’endeuillé. Les pleurs peuvent être épouvantables, le laissant sans force. Certains vivent au contraire sans larmes, « en automate », accomplissant les tâches quotidiennes dans une impression de flou, d’état dissocié extrêmement angoissant. La fatigue physique est souvent très présente, inattendue, et peut persister plusieurs mois, voire 1 à 2 ans. Faire la moindre chose de la vie quotidienne réclame beaucoup d’énergie. Il peut être utile à un endeuillé de recevoir une aide médicamenteuse, mais il lui est encore plus utile de savoir qu’il est normal d’être dans cet état d’épuisement physique, une des manifestations du choc de la mort. Prendre soin de soi, de son corps, savoir se donner les moments de repos nécessaires, et le temps qu’il faut, fût-ce des mois, constitue la première manière de traverser le deuil. Cette fatigue physique s’associe à une fatigue psychomotrice. Faire la moindre chose semble impossible, comme si on ne savait plus faire, comme si on ne pouvait plus faire. Certains ne se sentent plus capables de travailler, de s’occuper des enfants, de se nourrir. L’endeuillé se sent anormal, les arrêts maladie sont fréquents, d’autres au contraire « tiennent » au-delà des limites du raisonnable.

Il est important de se souvenir que cet état dépressif est passager dans sa vie, lié à la crise du deuil, même si celui-ci dure longtemps, plusieurs années parfois. Il s’accompagne souvent d’hallucinations visuelles, auditives et olfactives : l’impression que l’on devine dans une foule le défunt, qu’il est présent de l’autre côté de la porte ou dans la pièce voisine. Cela conforte la personne en deuil dans l’idée qu’elle perd la raison, elle n’ose pas raconter à son entourage ce qu’elle vit.
 
Les émotions sont complexes

L’endeuillé traverse un ouragan émotionnel, les émotions se bousculent, sont amplifiées par rapport à tout ce qu’il a pu ressentir auparavant. Les deux émotions prépondérantes sont la colère et la culpabilité. La colère passe par la révolte, le sentiment d’injustice, la rage. Il y a la colère contre la vie qui enlève l’être aimé, le destin, la fatalité, le hasard, Dieu, les responsables de l’accident, les médecins. Mais aussi, parfois de manière plus subtile, contre le défunt lui-même parce que, quelque part, il a abandonné les siens. Colère contre l’entourage encore parce que les autres sont vivants. Les pensées du deuil ne sont pas « morales ». La culpabilité, elle, s’accompagne de remords : « J’aurais dû me lever quand le bébé a appelé », « J’aurais dû voir qu’il était dépressif et qu’il risquait de se suicider », « J’aurais dû lui dire que je l’aimais au lieu de le gronder pour sa chambre mal tenue ». L’endeuillé reconstruit l’histoire après coup et veut ramener la vie au point où il croit qu’il aurait pu changer le cours des choses. D’autres émotions peuvent aussi s’exprimer : la honte, l’angoisse, la détresse… Le travail psychique de deuil va les faire évoluer peu à peu.

"Lorsque vous êtes en deuil, ne restez pas seul avec votre souffrance. "



Ce texte a été rédigé par Nadine Beauthéac, psychothérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes endeuillées. Elle a notamment écrit deux ouvrages à ce sujet : « Hommes et femmes face au deuil », Albin Michel, 2008 et
« 100 réponses sur le deuil et le chagrin », Albin Michel, 2010 et propose des renseignements sur son site :

http://nadinebeautheac.com

"Eviter de me couper des autres…

Un des premiers réflexes, quand on est dans la grande douleur, est de se replier sur soi. Mais le risque est de s’installer dans ce retrait : en effet, c’est par les autres qu’on peut revenir à la vie.
Par ailleurs, je me suis laissé toucher par la souffrance des autres, et cela m’a beaucoup aidée en me tirant de mon enfermement. Cela peut paraître paradoxal. Mais c’est ainsi que nous reprenons pied : notre place parmi les vivants nous est redonnée."

( Lytta Basset)

guillaume breteuil